Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation
La cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay, chef-d’œuvre de l’art roman, s’élève sur le Mont Anis, un site païen christianisé dès le Ve siècle sous l’évêque Scutarius. Selon la légende locale, une apparition mariale au IVe siècle aurait inspiré la construction d’un premier oratoire, remplacé par une basilique rectangulaire avant le XIe siècle. Le sanctuaire devient rapidement un haut lieu de pèlerinage, favorisé par des reliques comme une épine de la couronne du Christ offerte par Louis XI et, surtout, une Vierge noire, objet de dévotion depuis le Xe siècle.
La cathédrale actuelle, érigée entre les XIe et XIIe siècles, se distingue par son architecture hybride : coupoles byzantines sur trompes, façade polychrome en opus reticulatum, et un escalier monumental de 134 marches. Son plan en croix latine intègre une nef à six travées voûtées de coupoles barlongues, un transept saillant, et un chevet carré flanqué d’absidioles. Les troisième et quatrième travées, datées du milieu du XIIe siècle, marquent une transition vers l’arc brisé, tandis que les deux premières travées, postérieures d’un quart de siècle, introduisent des piliers cruciformes. Le cloître adjacent, des XIIe-XIIIe siècles, abrite des fresques médiévales et une grille romane en fer forgé.
Classée Monument Historique dès 1862, la cathédrale subit une reconstruction quasi totale entre 1844 et 1870, épargnant seulement l’abside et la coupole de croisée. Son histoire est marquée par des événements majeurs : la destruction de la Vierge noire originale pendant la Révolution (1794), son remplacement en 1856 par une statue couronnée par Pie IX, et son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 comme étape des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le « Grand Pardon », jubilé octroyé dès 992, attire encore des foules lors des coïncidences entre l’Annonciation et le Vendredi saint.
La façade occidentale, ornée de mosaïques et de statues, domine un escalier spectaculaire menant à la « porte Dorée ». L’intérieur, austère mais imposant, conserve des fresques du XIe siècle (Saint-Michel, Saintes Femmes au tombeau) et un maître-autel baroque abritant la Vierge noire actuelle, couronnée en 1856. Le trésor de la cathédrale, riche en orfèvrerie et broderies liturgiques (XVe-XXe siècles), témoigne de son rayonnement. Le clocher, haut de 56 m, évoque une pyramide étagée, tandis que le cloître, géré par les Monuments Nationaux, offre des chapiteaux historiés et une fresque des Arts libéraux (XVe siècle).
Symbole du pèlerinage marial et jacquaire, la cathédrale du Puy-en-Velay incarne un syncrétisme architectural et spirituel. Son escalier monumental, sa « pierre des fièvres » (relique païenne christianisée), et ses légendes — comme celle du cerf traçant les contours du sanctuaire — en font un lieu unique. Aujourd’hui, la procession annuelle de la Vierge noire (15 août) et les illuminations du « Puy de Lumières » (depuis 2017) perpétuent son attractivité, après son élection comme « Monument préféré des Français » en 2015.
L’orgue classique (Jean Eustache, 1689), restauré en 1999, et les vitraux modernes complètent un ensemble où se mêlent histoire, art et foi. La cathédrale reste un témoin vivant des échanges culturels médiévals, entre Orient et Occident, et un joyau du patrimoine roman français.